A Revelleta: pesciu o agnellu? par Dominique Bianconi
Par La Horde, mercredi 14 février 2007 à 18:39 :: Hasta la Victoria Sempre :: #205 :: rss
Il y a quelques années, quand j'étais institutrice à Lama, on m'avait raconté une histoire très spirituelle et représentative de ce que l'on pourrait qualifier d'humour corse: C'era una volta, un pastore di u paese, ch'avia invitatu à cena , u prete. Eccu u nostru sant'omu chi s'affacca in casa è, appena francatu a porta, li vinse un bellu profume d'agnellu arristitu: À u nostru omu ch'era bocchi finu, li vene l'acqua in bocca! È tandu chì u pastore li disse: "o sgiò curà ! Scusatemi: simu u vennari santu, ma sapete chì ind’è noi i soldi sò scarsi, è n'aghju micca pussutu cumprà pesciu!" U curatu, techju d'appitittu li rispose, fendu u segnu di a croce sopra à a cazzarola: "o amicu ùn v'inchitate! S'ellu ùn hè chè què, u battizeremu pesciu!"
Quel rapport, me direz-vous entre "l'agneau pascal" de Lama, la Revellata et les lois de l'urbanisme ?Eh bien! Il est plus évident qu'on ne saurait l'imaginer! Je vais vous le démontrer: nous avons tous appris un jour, que la géologie précise la nature d'un sol: il peut être granitique, sablonneux, limoneux alluvionnaire…etc. Et si l'on s'en tient à cette analyse scientifique, il sera inondable ou pas, et de ce fait, constructible ou pas! Pourtant, dès que l'on considère la fonction de ce même sol, on se rend vite compte que la science ne sert plus à grand- chose, du moins la géologie; car la seule science qui va déterminer la fonction du sol c'est l'économie, et par économie j'entends, bien entendu, une économie libérale des plus débridées! En effet, dès que la loi du marché s'impose, voilà notre terrain qui change d'aspect. Prenons comme premier exemple, la plage: à priori, il s'agit bien d'un peu de sable au bord de l'eau… Mais quand on a décidé d'y construire le Club Nautique, il a suffi d'oublier le sable et de considérer la parcelle sur laquelle il est édifié comme une "extension du port"! "U battizeremu pesciu!" ou en l'occurrence, "u battizeremu portu".
De même, si l'on s'intéresse à la Pinède, chacun sait à Calvi, pourquoi un certain Palasme de Champeau, décida d'y faire planter des pins et pourquoi on y construisit un réseau de canaux de drainage. Forts de cette information, et des renseignements fournis par la toponymie corse de ces lieux, on pourrait imaginer que ces terrains sont inondables, et par voie de conséquence, peu propices à la construction: là encore, on va s'apercevoir, à la lecture des documents d'urbanisme, que l'eau suit parfois des méandres qui n'ont que peu de rapport avec le relief ou la nature des sols! " Eri battizatu pagliazze, ti battizeremu petra"… Et sur cette pierre, je bâtirai.." On connaît la suite!
Il arrive aussi que l'histoire, les traditions, la sociologie s'allient pour déterminer la fonction du sol: l'homme va donc sélectionner des espaces qui présentent un intérêt culturel ou naturel pour les rendre inconstructibles. Il en est ainsi pour les glacis de la citadelle ou pour notre si aimée et si convoitée Revellata! Oghje hè"agnellu"… Ma dumane, ùn ci sarà nimu à battizalla "pesciu"? C'est la question qu'on est en droit de se poser après la récente vente aux enchères d'une quinzaine de parcelles, et surtout après l'absence de réaction, tant de la commune que du Conservatoire du Littoral. Ce dernier ne pouvait ignorer que la vente allait avoir lieu, d'une part parce qu'il dispose d'un droit de préemption, et d'autre part parce que l'association U Levante l'en avait informé, De surcroît, la commune de Calvi, dans une récente délibération (juin 2006), lui demandait d'assurer la maîtrise foncière de l'ensemble de la presqu'île. Dès lors, on pouvait imaginer que l'intérêt collectif serait sauf! Cela n'a pas été le cas et ce ne sont pas les prochaines "contorsions" juridiques annoncées par le délégué régional du Conservatoire qui peuvent nous rassurer. Car enfin, pourquoi vouloir faire casser la vente, alors que le Conservatoire n'était pas présent au moment de celle-ci? Quant au prix qu'ont atteint ces terrains, pour l'instant réputés inconstructibles, on peut s'en étonner, mais on peut surtout être affligé par la passivité de la commune et du Conservatoire: l'une a oublié ses engagements, et l'autre sa mission!
Le problème qui se pose est clair: on ne peut pas changer fondamentalement la nature d'un sol, mais on peut en changer la fonction d'un simple trait de plume, et on peut toujours justifier le choix qui sera fait. Dans une époque où la pression immobilière est écrasante, où l'intérêt collectif est étouffé par la somme des intérêts particuliers, et où la politique s'exerce sans imagination ni perspective, on peut craindre que des terrains "in"constructibles perdent leur suffixe: ce minuscule "in" peut si vite disparaître! È tandu, a nostra Rivillata, d'agnellu ch'ella era divintarà pesciu.'' Et ce poisson là risque de devenir indigeste!










Commentaires
1. Le jeudi 15 février 2007 à 02:40, par JPas
2. Le vendredi 16 février 2007 à 22:24, par Alex
3. Le lundi 19 février 2007 à 20:22, par Alex
4. Le mardi 20 février 2007 à 14:18, par Sampiero
5. Le mardi 20 février 2007 à 23:01, par Alex
6. Le mercredi 21 février 2007 à 09:33, par etienne
7. Le jeudi 22 février 2007 à 16:53, par Anthony
8. Le jeudi 22 février 2007 à 17:19, par figatellix
9. Le dimanche 25 février 2007 à 10:10, par alga
10. Le lundi 26 février 2007 à 13:16, par Stephane Serra
11. Le lundi 26 février 2007 à 15:35, par etienne
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13. Le dimanche 3 août 2008 à 08:36, par Gilou
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15. Le lundi 19 janvier 2009 à 19:38, par guignanegra
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